Burkina Faso : quatre ans plus tard, le bilan de Traoré divise et soulève des questions sur l’avenir

Un héritage contesté : répression, déplacements et souveraineté

Quatre ans après la prise de pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré au Burkina Faso, le pays reste profondément marqué par un conflit armé qui continue de faire des victimes civiles et de déplacer des millions de personnes. Si la junte revendique des succès militaires et une souveraineté retrouvée, les organisations internationales pointent du doigt des exactions, des arrestations de journalistes et des enrôlements forcés. Le débat public, lui, s’interroge sur le prix payé pour cette reconquête et sur l’avenir d’un pays toujours en guerre.

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Une guerre qui n’en finit pas

Lorsqu’il renverse le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba le 30 septembre 2022, Ibrahim Traoré promet une reconquête rapide du territoire. Quatre ans plus tard, les groupes djihadistes restent actifs et continuent de cibler civils et forces de sécurité. Les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), supplétifs civils, ont été déployés massivement, mais leur efficacité est questionnée. Les attaques se poursuivent, et l’insécurité demeure une réalité quotidienne dans plusieurs régions.

Déplacés : le bilan humain s’alourdit

Fin 2025, le HCR recensait plus de 2,06 millions de déplacés internes au Burkina Faso. Un chiffre qui témoigne de l’ampleur de la crise. Mais les déplacements ne sont pas seulement causés par les djihadistes : Human Rights Watch documente également des violences imputables aux forces gouvernementales et aux VDP, avec au moins 1 800 civils tués entre 2023 et 2025. Ces exactions alimentent un cercle vicieux de méfiance et de représailles.

Journalistes et opposants dans le viseur

La liberté de la presse a été durement affectée. Reporters sans frontières (RSF) dénonce des arrestations, des enlèvements et des enrôlements forcés de journalistes. L’affaire Atiana Serge Oulon, directeur de publication enlevé en juin 2024 et présenté comme réquisitionné, illustre cette dérive. Une enquête de RSF publiée en 2026 affirme qu’il aurait été détenu secrètement à Ouagadougou, contredisant la version officielle. Au-delà des journalistes, des militants, des opposants et des magistrats auraient été envoyés de force sur le front, brouillant la frontière entre mobilisation et répression.

Souveraineté affichée, espace civique réduit

Ibrahim Traoré met en avant une politique de souveraineté : éloignement de la France, rapprochement avec la Russie et l’Alliance des États du Sahel, transformation locale des ressources minières. Mais cette affirmation s’accompagne d’un recul des libertés publiques. De nombreux acteurs de la société civile sont contraints à l’exil ou emprisonnés. La question de l’avenir politique du pays reste entière, alors que la guerre continue de dicter l’agenda.

Quel avenir pour le Burkina Faso ?

Quatre ans après le coup d’État, le bilan est loin d’être univoque. La junte peut revendiquer des avancées militaires et une volonté d’autonomie, mais les chiffres des déplacements, la persistance des attaques et les accusations d’exactions dessinent un tableau sombre. Le débat public, tant au Burkina Faso qu’à l’international, s’interroge sur la capacité du régime à concilier reconquête territoriale et respect des droits fondamentaux. L’avenir du pays dépendra de la manière dont ces tensions seront résolues.

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