Sénégal : Al Jazeera documente la crise Faye

Une alliance victorieuse devenue conflictuelle

Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont remporté ensemble l'élection présidentielle de 2024 sous la bannière du PASTEF. Ce parti contrôle aujourd’hui 130 des 165 sièges de l’Assemblée Nationale, une majorité confortable qui aurait dû faciliter la gouvernance.

Pourtant, selon Al Jazeera, des désaccords idéologiques sont apparus rapidement, notamment sur la politique économique et les relations avec les institutions internationales comme le FMI. Des analystes cités par le média international décrivent la situation comme un « combat fratricide » entre deux visions du pouvoir.

Ousmane Sonko cumule les fonctions de premier ministre et de président de l’Assemblée Nationale, une concentration de pouvoir législatif et exécutif qui a nourri les frictions avec la présidence. Le reportage d’Al Jazeera met en lumière cette configuration institutionnelle atypique et les tensions qu’elle génère.

La réforme constitutionnelle au cœur de la crise

Le 29 juin 2026, l'Assemblée Nationale a adopté une réforme constitutionnelle visant à renforcer les pouvoirs du Parlement et du premier ministre. Selon les informations disponibles, le texte interdisait au président de la République de diriger un parti politique et prévoyait le remplacement du Conseil Constitutionnel par une Cour Constitutionnelle de neuf membres.

Bassirou Diomaye Faye a contesté la procédure d’adoption en saisissant le Conseil Constitutionnel le 7 juillet, selon les sources. L’institution a tranché le 10 juillet en invalidant la réforme, invoquant le non-respect de la procédure et l’absence de financement prévu pour la future Cour constitutionnelle, comme l’a rapporté le quotidien algérien L’Expression.

Ousmane Sonko a réagi en déclarant que la décision « s’impose à tous », selon Al Jazeera et les médias locaux. Cette formule laconique n’a pas dissipé les interrogations sur la suite du bras de fer institutionnel entre les deux hommes.

Un « duel au sommet » observé depuis l’étranger

La publication du reportage d’Al Jazeera témoigne de l’attention internationale portée à cette crise. Le média qatari, qui dispose d’une large audience en Afrique francophone, offre une grille de lecture détaillée de ce qu’il présente comme une recomposition politique majeure.

Pour un lecteur français, cette séquence rappelle que le Sénégal, souvent présenté comme un modèle de stabilité démocratique en Afrique de l’Ouest, n’échappe pas aux tensions institutionnelles. Le pays compte environ 19 millions d’habitants et demeure un partenaire économique et diplomatique de premier plan pour la France dans la région.

Les médias sénégalais comme DAKARACTU.COM ou Sud Quotidien ont largement couvert l’invalidation de la réforme, soulignant l’ampleur de la fracture au sommet de l’État. Des chaînes comme L’ÉLAN AFRICAIN MEDIA TV ont qualifié l’opposition Faye-Sonko de « duel au sommet », une formule reprise par plusieurs observateurs.

Contexte au Sénégal

Le Sénégal est une république présidentielle où le chef de l’État dispose traditionnellement de pouvoirs étendus. L’élection de Bassirou Diomaye Faye en 2024 avait marqué une alternance politique significative, portée par la dynamique du PASTEF et la popularité d’Ousmane Sonko.

La configuration actuelle, avec un premier ministre qui préside également l’Assemblée, est inhabituelle et concentre les leviers législatif et exécutif entre les mains d’un seul homme. Cette situation explique en partie la volonté présidentielle de contester une réforme perçue comme un affaiblissement des prérogatives de l’Élysée sénégalaise.

Le pays fait face à des enjeux économiques importants, notamment sur la gestion de la dette publique et les négociations avec le FMI. Les désaccords entre Faye et Sonko sur ces sujets, mentionnés par Afrique Confidentielle, reflètent des divergences stratégiques qui dépassent les seules querelles de pouvoir.

Enjeux électoraux et perspectives

Les élections locales de 2027 et la présidentielle de 2029 constituent l’horizon politique immédiat. Les analystes anticipent que la rupture entre Faye et Sonko structurera les prochaines échéances électorales, avec le risque d’une division du PASTEF ou d’une recomposition des alliances.

La majorité parlementaire écrasante du parti complique la situation : ni le président ni le premier ministre ne peuvent gouverner l’un sans l’autre sans provoquer une paralysie institutionnelle. La question de savoir qui contrôlera effectivement l’appareil du PASTEF devient centrale.

Le reportage d’Al Jazeera met en avant cette dimension temporelle : la crise actuelle n’est pas un accident, mais le début d’une bataille de long terme pour le contrôle du pouvoir sénégalais. Les prochains mois diront si les deux hommes parviennent à cohabiter ou si la rupture devient définitive.

La décision du Conseil Constitutionnel a donné un répit au président Faye, mais n’a pas résolu les divergences de fond. La scène politique sénégalaise entre dans une phase d’incertitude, scrutée de près par les partenaires régionaux et internationaux.